{"id":6741,"url":{"canonical":"https:\/\/mamababyparis.com\/ghana-fast-fashion-sombre\/","rest_html":"https:\/\/mamababyparis.com\/wp-json\/418fe665\/v1\/id\/6741"},"title":"Ghana : quand les panneaux publicitaires d\u00e9voilent l\u2019envers sombre de la fast fashion","slug":"ghana-fast-fashion-sombre","date":"2026-07-26T07:36:19+02:00","modified":"2026-08-14T16:03:41+02:00","language":"fr-FR","author":"Caroline Giraud","excerpt":"\u00c0 Accra, des panneaux publicitaires ne vendent plus des baskets ou du parfum. Ils montrent une cascade de chemises us\u00e9es qui d\u00e9borde au-dessus d\u2019une route tr\u00e8s passante. Et tout \u00e0 coup, la fast fashion ne ressemble plus \u00e0 un bon...","plain_text":"\u00c0 Accra, des panneaux publicitaires ne vendent plus des baskets ou du parfum. Ils montrent une cascade de chemises us\u00e9es qui d\u00e9borde au-dessus d\u2019une route tr\u00e8s passante. Et tout \u00e0 coup, la fast fashion ne ressemble plus \u00e0 un bon plan, mais \u00e0 un tas qu\u2019on n\u2019arrive plus \u00e0 cacher.\n\nGhana et fast fashion : quand Baleboards transforme la pub en alerte visuelle\n\nDerri\u00e8re ces installations, il y a Emmanuel Aggrey Tieku, 31 ans, artiste et ing\u00e9nieur civil ghan\u00e9en. Il vit entre Accra et Paris, et travaille depuis des ann\u00e9es sur un projet au long cours nomm\u00e9 How to Heal a Broken World. L\u2019id\u00e9e est simple et percutante : utiliser le textile pour parler des syst\u00e8mes qui ab\u00eement le monde, et ouvrir une piste de r\u00e9paration.\n\nDans son atelier parisien, une anecdote donne le ton : pr\u00e8s d\u2019une tonne de v\u00eatements usag\u00e9s, livr\u00e9s via Emma\u00fcs, a servi de mati\u00e8re premi\u00e8re. Aujourd\u2019hui, il reste quelques piles et des \u0153uvres en cours, comme les traces d\u2019un raz-de-mar\u00e9e d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9. Et la suite se pr\u00e9pare, plus grande, plus visible, plus difficile \u00e0 ignorer.\n\nCe fil m\u00e8ne \u00e0 Baleboards, contraction de bale (ballots de v\u00eatements) et billboards (panneaux publicitaires). Le principe : remplacer le message publicitaire par la mati\u00e8re brute. Pas de slogan, pas de retouche, pas de promesse \u270b.\n\n\n\nLe choix du support n\u2019est pas anodin. Un panneau est fait pour dicter des envies et acc\u00e9l\u00e9rer l\u2019achat. Ici, il fait l\u2019inverse : il force \u00e0 regarder ce qui reste quand la tendance est pass\u00e9e. R\u00e9sultat : la rue devient un lieu de discussion, pas juste un flux de consommation.\n\nPourquoi d\u00e9tourner un panneau publicitaire change tout (m\u00eame pour une Parisienne press\u00e9e)\n\nParce que c\u2019est exactement l\u2019endroit o\u00f9 le d\u00e9sir se fabrique. Sur le trajet du boulot, entre deux notifications, l\u2019\u0153il accroche une image sans y penser. L\u00e0, au lieu d\u2019une campagne lisse, c\u2019est un d\u00e9chet textile mis en pleine lumi\u00e8re \ud83d\ude33.\n\nPour une lectrice qui jongle entre m\u00e9tro, cr\u00e8che et r\u00e9unions, \u00e7a fait tilt. La seconde main est souvent per\u00e7ue comme un geste \u201cclean\u201d. Mais quand une installation te montre l\u2019envers de la cha\u00eene, une question arrive vite : o\u00f9 finissent les v\u00eatements que personne ne veut ?\n\nEt ce d\u00e9placement du regard est la cl\u00e9 : le m\u00e9dia change, donc le message frappe plus fort. Insight : quand la publicit\u00e9 se tait, la mati\u00e8re parle.\n\nObroni w\u2019awu : l\u2019afflux de v\u00eatements de seconde main au Ghana et ses d\u00e9g\u00e2ts cach\u00e9s\n\nAu Ghana, les v\u00eatements import\u00e9s de seconde main portent un surnom lourd de sens : obroni w\u2019awu, souvent traduit par \u201cles v\u00eatements des Blancs morts\u201d. Ce mot raconte \u00e0 sa fa\u00e7on une distance culturelle, mais aussi une r\u00e9alit\u00e9 mat\u00e9rielle : ces habits viennent d\u2019ailleurs, et arrivent en masse.\n\nChaque semaine, le pays re\u00e7oit plus de 15 millions de pi\u00e8ces, venues surtout d\u2019Europe, d\u2019Am\u00e9rique du Nord et d\u2019Asie. Une partie est revendue \u00e0 Kantamanto, immense march\u00e9 d\u2019Accra, connu pour ses stands serr\u00e9s et son \u00e9nergie. Mais l\u2019envers est brutal : environ 40% des arrivages sont invendables et se transforment vite en d\u00e9chets \ud83e\uddfa.\n\nL\u00e0 o\u00f9 certains imaginent une \u201cdonation\u201d, le terrain parle d\u2019un fardeau. Insight : quand l\u2019exc\u00e8s change de continent, il ne dispara\u00eet pas, il se d\u00e9place.\n\nDu march\u00e9 de Kantamanto aux d\u00e9charges : ce que deviennent les v\u00eatements invendables\n\nKantamanto absorbe une partie des v\u00eatements. Des vendeurs ouvrent les ballots, trient vite, r\u00e9parent parfois, et revendent au jour le jour. Une histoire revient souvent : une vendeuse ach\u00e8te un ballot \u201cau hasard\u201d, et d\u00e9couvre trop tard qu\u2019il est rempli de pi\u00e8ces tach\u00e9es ou d\u00e9chir\u00e9es, impossibles \u00e0 \u00e9couler.\n\nCes v\u00eatements finissent alors dans des d\u00e9charges qui se remplissent \u00e0 grande vitesse. Le pays tente de g\u00e9rer ce flux en l\u2019enfouissant, ce qui cr\u00e9e des montagnes de textiles. Et quand la pluie arrive, une partie se d\u00e9place encore, vers les caniveaux, puis vers la mer.\n\nSur certaines plages, le choc visuel est total : au lieu du sable qui rencontre l\u2019eau, ce sont des tissus qui touchent l\u2019oc\u00e9an \ud83c\udf0a. Insight : le rebut textile agit comme un mat\u00e9riau vivant, qui migre et contamine.\n\n\n\nLe risque ne se limite pas \u00e0 l\u2019image. Les fibres synth\u00e9tiques rel\u00e2chent des microfibres qui se dispersent dans l\u2019eau, puis dans les \u00e9cosyst\u00e8mes marins. C\u2019est discret, mais durable, et \u00e7a finit par revenir dans la cha\u00eene alimentaire.\n\nBaleboards \u00e0 Accra : une installation textile g\u00e9ante qui ralentit la ville\n\nEn avril dernier, une premi\u00e8re installation a marqu\u00e9 le centre d\u2019Accra. Sur un panneau g\u00e9ant au-dessus d\u2019un axe routier, une cascade de chemises et tee-shirts a \u00e9t\u00e9 suspendue, cousue et assembl\u00e9e comme un patchwork. Les couleurs sont d\u00e9lav\u00e9es, les cols sont fatigu\u00e9s, et l\u2019ensemble semble \u201cd\u00e9border\u201d du cadre.\n\nLa r\u00e9action est imm\u00e9diate : la circulation ralentit, les passants s\u2019arr\u00eatent, les conversations d\u00e9marrent. \u201cMais c\u2019est quoi, \u00e7a ?\u201d C\u2019est exactement le but : cr\u00e9er une pause mentale, l\u00e0 o\u00f9 tout pousse \u00e0 avancer.\n\nEt pour donner corps \u00e0 ce projet, l\u2019artiste a travaill\u00e9 avec une \u00e9quipe de couturi\u00e8res et un grand espace de production. Insight : \u00e0 grande \u00e9chelle, l\u2019art redevient un geste collectif.\n\nCe que Baleboards raconte sur la fast fashion, sans aucune phrase sur le panneau\n\nLe panneau ne \u201cdit\u201d rien, et c\u2019est ce silence qui frappe. La masse de tissu devient un langage. Elle parle de surproduction, de tri impossible, de rotation de tendances qui \u00e9crase la qualit\u00e9.\n\nElle raconte aussi un paradoxe : ces v\u00eatements ne \u201cappartiennent\u201d pas au Ghana. Ils sont port\u00e9s en Europe ou aux \u00c9tats-Unis, puis reviennent sur une autre c\u00f4te, avant de finir en d\u00e9chets ou en mati\u00e8re artistique. L\u2019artiste y voit une forme de migration invers\u00e9e, qui revient ensuite en Europe sous forme d\u2019\u0153uvre, comme un \u00e9tranger qu\u2019on doit regarder en face.\n\nInsight : quand le d\u00e9chet revient au point de d\u00e9part, il devient un miroir.\n\nDe Accra \u00e0 Paris : Baleboards, un projet itin\u00e9rant qui vise les quartiers d\u2019affaires\n\nBaleboards n\u2019a pas vocation \u00e0 rester au Ghana. Le projet est pens\u00e9 pour voyager en Afrique et en Europe, en changeant d\u2019\u00e9chelle \u00e0 chaque \u00e9tape. La prochaine installation imagin\u00e9e vise Paris, pr\u00e8s d\u2019un tramway, \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019un quartier d\u2019affaires, dans un lieu tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9.\n\nL\u2019objectif est clair : toucher celles et ceux qui consomment vite, souvent sans voir l\u2019apr\u00e8s. Et cette fois, le public pourrait \u00eatre celui des sorties de bureau, des parents press\u00e9s, des ados qui passent devant des affiches en rentrant du lyc\u00e9e.\n\n\u00c0 Paris, l\u2019histoire a une r\u00e9sonance imm\u00e9diate : beaucoup de v\u00eatements \u201cdonn\u00e9s\u201d partent loin, mais l\u2019impact revient sous forme de crise environnementale. Insight : un trajet quotidien peut devenir un moment de prise de conscience.\n\nSoutiens artistiques et prix : quand la sc\u00e8ne culturelle amplifie le message\n\nLe projet a gagn\u00e9 des alli\u00e9s au fil du temps. En Allemagne, des institutions soutiennent l\u2019artiste, dont la galerie Tschudi. \u00c0 Paris, Ellipse Art Projects joue un r\u00f4le cl\u00e9, avec un accompagnement tourn\u00e9 vers les sc\u00e8nes africaines \u00e9mergentes.\n\nEn 2025, Emmanuel Aggrey Tieku a remport\u00e9 le Prix Ellipse d\u2019art contemporain. Ce type de reconnaissance change la diffusion : il ne s\u2019agit plus d\u2019une installation locale, mais d\u2019un r\u00e9cit qui circule, se documente, se finance, et se partage.\n\nInsight : quand l\u2019art est soutenu, le d\u00e9bat sort du cercle des convaincus.\n\nFast fashion : gestes simples et concrets pour consommer moins \u201c\u00e0 l\u2019aveugle\u201d (sans culpabiliser)\n\nPersonne n\u2019a envie de se faire la morale entre deux machines et un sac de go\u00fbter. L\u2019id\u00e9e, c\u2019est de reprendre un peu de contr\u00f4le, sans y passer des heures. Un petit fil conducteur aide : imagine \u00c9lise, maman \u00e0 Paris, qui veut habiller son fils pour la rentr\u00e9e, avec un budget serr\u00e9.\n\nElle garde en t\u00eate une r\u00e8gle : acheter moins, mais acheter mieux quand c\u2019est possible. Et quand ce n\u2019est pas possible, faire en sorte que chaque pi\u00e8ce vive plus longtemps. Insight : l\u2019impact se joue souvent sur la dur\u00e9e de vie, pas sur l\u2019intention.\n\nChecklist shopping malin : 8 r\u00e9flexes qui changent la donne \ud83d\udecd\ufe0f\n\n\ud83d\udc55 Regarder l\u2019\u00e9tiquette mati\u00e8re : privil\u00e9gier coton \u00e9pais, laine, lin, et limiter le 100% synth\u00e9tique.\ud83e\uddf5 V\u00e9rifier les coutures en 10 secondes : si \u00e7a tire d\u00e9j\u00e0 en magasin, \u00e7a l\u00e2chera vite.\ud83d\udd01 Se fixer une r\u00e8gle \u201c1 entr\u00e9e = 1 sortie\u201d pour \u00e9viter l\u2019armoire qui d\u00e9borde.\ud83e\uddfc Laver \u00e0 30\u00b0C et remplir la machine : moins d\u2019usure, moins d\u2019\u00e9nergie, moins de microfibres.\ud83e\uddfa Tester le \u201cpanier r\u00e9paration\u201d : un bouton, un mini accroc, \u00e7a se traite en une soir\u00e9e.\ud83d\udce6 Donner autrement : privil\u00e9gier les fili\u00e8res locales quand c\u2019est possible, ou les plateformes qui trient en France.\ud83d\udc57 Miser sur l\u2019occasion de qualit\u00e9 : mieux vaut une belle pi\u00e8ce d\u00e9j\u00e0 port\u00e9e qu\u2019une neuve fragile.\ud83e\uddd2 Pour les enfants : acheter un peu grand et choisir des basiques qui survivent \u00e0 la cour de r\u00e9cr\u00e9.\n\nRep\u00e8res rapides : comprendre le parcours d\u2019un v\u00eatement en un coup d\u2019\u0153il \ud83d\udccc\n\n\n\n\n\u00c9tape \ud83e\udded\nCe qui se passe souvent\nSignal \u00e0 rep\u00e9rer \ud83d\udc40\nAction simple \u2705\n\n\n\n\nAchat\nImpulsion sur une tendance, prix bas, mati\u00e8re fine\nTransparence, coutures qui gondolent\nAttendre 24 h avant de valider le panier\n\n\nPort\nPeu de ports, puis oubli au fond du placard\n\u201cJe ne l\u2019ai mis qu\u2019une fois\u201d\nCr\u00e9er 3 tenues avant d\u2019acheter une pi\u00e8ce\n\n\nDon\nTri rapide, sac d\u00e9pos\u00e9 sans conna\u00eetre la fili\u00e8re\nV\u00eatements tach\u00e9s ou trou\u00e9s m\u00e9lang\u00e9s\nMettre \u00e0 part \u201cr\u00e9parable\u201d vs \u201crecyclage\u201d \u267b\ufe0f\n\n\nExport\nArriv\u00e9es massives en Afrique de l\u2019Ouest, tri sur place\nBallots h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes\nSoutenir la r\u00e9duction \u00e0 la source plut\u00f4t que \u201ctout donner\u201d\n\n\nD\u00e9chet\nUne part devient invendable, finit en d\u00e9charge ou en mer\nTextiles synth\u00e9tiques qui se d\u00e9litent\n\u00c9viter les pi\u00e8ces \u201c1 saison\u201d \ud83d\udeab\n\n\n\n\nEt si la prochaine fois qu\u2019une pub te promet \u201cle look parfait\u201d, tu pensais \u00e0 ce panneau d\u2019Accra ? Ce n\u2019est pas pour culpabiliser. 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